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AfriquePublié le 30 mars 2026

Du solaire au réfrigérateur, de la moto au smartphone, comment le pay-as-you-go réinvente le crédit-bail en Afrique ?

Le modèle PAYG solaire a prouvé qu’on pouvait financer des actifs essentiels pour des millions de clients non bancarisés. Quels sont ses succès, ses limites et les leçons qu’il offre au crédit-bail de demain ?

L’Afrique subsaharienne est aujourd’hui le laboratoire mondial d’une révolution silencieuse mais profonde : celle de la propriété fragmentée par la donnée. Alors que les infrastructures traditionnelles peinent à suivre une croissance démographique galopante, une innovation commerciale, née de la convergence entre le solaire et la téléphonie mobile, est en train de redéfinir l’accès aux biens d’équipement. Aujourd’hui, le modèle “Pay-As-You-Go” (PayGo ou PAYG) n’est plus une simple option de paiement pour kits solaires, mais il est devenu l’architecture financière native du continent, capable de transformer des populations jugées “insolvables” par les banques classiques en une classe de consommateurs connectés et productifs. Au cœur de cette mutation réside un constat : la barrière majeure au développement ne semble pas être l’absence de revenus des agents économiques, mais leur incapacité à mobiliser un capital initial important. En fractionnant le coût d’acquisition en micropaiements alignés sur les flux de trésorerie de l’économie informelle, le PAYG lève ce verrou historique.

Si le PAYG a fini par redéfinir l’accès aux équipements, c’est parce qu’il a d’abord apporté une réponse opérationnelle à l’un des besoins les plus massifs et les moins satisfaits du continent : l’accès à l’énergie domestique. Dans les zones rurales d’Afrique de l’Est et de l’Ouest, des millions de foyers vivent encore sans accès fiable à l’électricité. Pour s’éclairer, recharger un téléphone ou faire tourner un petit commerce le soir, ils dépendent du kérosène, des bougies ou des générateurs diesel, des solutions coûteuses, polluantes et souvent dangereuses. Depuis une dizaine d’années, PAYG offre une alternative dont le principe est simple : plutôt que d’acheter un kit d’énergie domestique comptant (ce que la plupart des ménages ne peuvent se permettre), le client verse un dépôt initial puis paie de petites échéances via mobile money, au jour, à la semaine ou au mois, jusqu’à devenir propriétaire de l’équipement. C’est, dans sa mécanique même, un crédit-bail de masse adapté aux réalités du continent.

En une décennie, ce modèle est passé de quelques projets pilotes à une industrie structurée. Des acteurs comme ENGIE Energy Access, M-KOPA ou Bboxx ont démontré qu’il était possible de financer à grande échelle des actifs essentiels pour des clients sans historique bancaire, sans collatéral formel, en s’appuyant sur deux infrastructures décisives : le mobile money et l’Internet des objets (IoT). En transformant un coût d’investissement élevé en une série de micro-paiements abordables, le PAYG appliqué à l’énergie est ainsi devenu le point de départ d’une transformation plus vaste, qui s’étend désormais aux équipements productifs, à la mobilité électrique et aux outils numériques.

Cet article revient sur cette trajectoire. Il montre d’abord comment le PAYG s’est imposé comme une réponse au déficit d’accès à l’énergie, avant d’examiner les fragilités économiques du modèle et les enseignements qu’il offre pour le crédit-bail de demain.

1.  Comment le PAYG a-t-il articulé, dans un même modèle, l’accès à l’énergie et le financement de l’équipement ?

Pour comprendre pourquoi le PAYG solaire est considéré comme le modèle de crédit-bail le plus abouti en Afrique, il faut d’abord en démonter la mécanique. Le client reçoit un kit complet : panneau photovoltaïque, batterie, contrôleur, lampes, chargeur de téléphone, et parfois un téléviseur ou un réfrigérateur. Pour cela, il verse un dépôt initial, puis s’acquitte de paiements réguliers via mobile money (quotidiens, hebdomadaires ou mensuels) sur une période de 12 à 36 mois selon les offres. À la fin du plan, il devient propriétaire de l’équipement. Ce mécanisme de location-vente fait du PAYG solaire un crédit-bail au sens juridique et économique du terme, et non un simple abonnement.

Le passage à l’échelle de ce modèle a reposé sur un dispositif technique simple : chaque kit embarque un module IoT qui permet à l’opérateur d’activer ou de désactiver l’équipement à distance en fonction des paiements reçus. Le modèle évite ainsi le recours aux sûretés habituellement exigées dans le crédit classique, puisque l’actif financé constitue lui-même le principal levier de sécurisation. C’est cette articulation entre financement progressif, encaissement mobile et contrôle à distance qui a permis au modèle de changer d’échelle.

Les chiffres du secteur illustrent à la fois sa maturité et sa dynamique. Le tableau ci-dessous offre un aperçu de l’évolution récente :

Indicateur

202320242025 (prév.)

Ventes totales de kits

8,9 millions9,3 millions+1 % (est.)
Ventes PAYG (Afrique subsah.)~5,5 millions5,6 millions2,35 M au S1 (+54 %)
Ventes au comptant~3,4 millions3,7 millions1,44 M au S1 (−35 %)
Population bénéficiaire (GOGLA)117,6 millions137,6 millionsEn progression
  1. Global Off-Grid Solar Market Report – Annual Sales & Impact Data – GOGLA : https://gogla.org/wp-content/uploads/2025/05/GOGLA_Sales-and-Impact-Report-H2-2024.pdf
  2. Insights from GOGLA’s 2024 Sales and Impact Data : https://gogla.org/reports/semi-annual-solar-market-report/insights-from-goglas-2024-sales-and-impact-data/

Sur la période 2023–2024, les deux modes d’accès  (paiement comptant et financement PAYG) ont progressé conjointement. Mais les premières données disponibles pour 2025 suggèrent une inflexion plus nette. Au premier semestre, les ventes de systèmes financés PAYG progressent de 54 %, tandis que les ventes au comptant reculent de 35 %. Pour les ménages hors réseau, l’accès à l’énergie solaire passe donc de plus en plus par des solutions financées. Le PAYG s’impose ainsi progressivement comme le principal vecteur de diffusion des équipements d’énergie domestique hors réseau.

Cette montée en puissance se lit aussi dans les trajectoires des principaux opérateurs. ENGIE Energy Access, né de la fusion de Fenix International, Mobisol et ENGIE PowerCorner, est l’un des leaders du PAYG appliqué à l’énergie et des mini-réseaux sur le continent. Présent en Afrique de l’Est et de l’Ouest (Kenya, Tanzanie, Bénin, entre autres), il commercialise sous la marque MySol des systèmes domestiques et des équipements productifs, financés par des paiements mobiles à partir de montants très bas par jour.

Le modèle a également inspiré de nouvelles formes de financement d’actifs connectés. M-KOPA a ainsi développé une plateforme de « connected asset financing » qui combine paiements mobiles et objets connectés. Initialement centrée sur les kits solaires, l’entreprise a progressivement élargi son offre à d’autres équipements essentiels (téléviseurs, smartphones, réfrigérateurs) et même à des prêts de trésorerie de faible montant. Elle revendique aujourd’hui plus d’un million de clients équipés et près de 400 millions de dollars de financements cumulés, avec plus de 1,5 million de prêts accordés pour des actifs du quotidien.

Autre acteur emblématique du secteur, Bboxx, fondé en 2010, dessert aujourd’hui plus de 3,5 millions de clients, ménages et petites entreprises confondus au moyen d’une offre intégrée associant systèmes d’énergie domestique, compteurs intelligents et services énergétiques financés en PAYG. Elle se distingue également par ses partenariats publics. Au Togo, par exemple, le programme CIZO combine subventions basées sur les résultats et paiements mobiles afin d’accélérer l’électrification des zones rurales.

Si le modèle a connu une telle diffusion, c’est aussi parce qu’il répond à une contrainte économique particulièrement ancrée dans la réalité des ménages. Pour les foyers hors réseau en effet, l’électricité financée par micro-paiements mobiles a remplacé des dépenses énergétiques à la fois coûteuses et peu efficaces, qu’il s’agisse du kérosène, des bougies ou des générateurs. Dans de nombreux cas, les versements hebdomadaires nécessaires pour rembourser un équipement restent comparables, voire inférieurs, aux dépenses énergétiques antérieures, avec une différence de taille : ils permettent, à terme, d’acquérir un actif durable au sein du foyer.

Le modèle PAYG a par ailleurs renforcé les interactions entre le secteur de l’énergie et celui des télécommunications. En effet, en s’appuyant largement sur les paiements via mobile money, les entreprises solaires ont contribué à accroître l’usage des portefeuilles électroniques dans des zones où leur adoption restait encore limitée. Les opérateurs de télécommunications mobiles (OTM) jouent ainsi un rôle central dans l’écosystème puisque leurs infrastructures transactionnelles permettent les paiements réguliers des clients, tandis que l’augmentation des transactions PAYG stimule l’utilisation des services voix, données et mobile money.

2. Le PAYG peut-il dépasser son succès opérationnel pour atteindre une viabilité économique durable ?

Le modèle PAYG appliqué à l’énergie a donc considérablement amélioré l’accès à un service essentiel. Mais il serait incomplet de n’en présenter que les réussites. Le succès commercial du PAYG ne suffit toutefois pas à établir sa pleine soutenabilité économique : c’est au contraire l’examen de ses fragilités qui permet de mesurer dans quelles conditions ce modèle peut être transposé à d’autres actifs.

La première de ces fragilités concerne ce que certains analystes qualifient de « prime à la pauvreté ». En raison du coût du capital et du risque associé au financement des ménages hors réseau, le montant total payé par un client PAYG peut atteindre 1,7 à 2 fois le prix d’achat comptant de l’équipement. Un kit solaire qui coûterait X en achat direct revient ainsi à près de 2X une fois additionnés le dépôt initial et les paiements successifs. Autrement dit, les ménages qui n’ont pas la capacité d’acheter comptant  souvent les plus modestes sont aussi ceux qui paient le prix total le plus élevé.

Ce surcoût ne résulte pas nécessairement d’une tarification abusive. Il tient au fait que l’opérateur avance le coût de l’équipement, attend parfois plusieurs mois ou plusieurs années pour être intégralement remboursé, et supporte entre-temps le risque d’impayé. Comme ce financement lui-même a un coût élevé, celui-ci est en partie répercuté dans le prix payé par le client. Quand l’argent coûte cher à l’opérateur, le crédit coûte aussi cher au client. Tant que les opérateurs se financent cher, ils ne peuvent pas proposer aux clients des paiements étalés sans en augmenter fortement le coût total.

La résilience du secteur est par ailleurs mise à l’épreuve par une augmentation significative des impayés. Entre 2019 et 2021, le taux de collecte moyen des entreprises PAYG est passé d’environ 67 % à 62 %. En 2023, environ la moitié des clients étaient en retard de paiement de plus de 30 jours (PAR30) ou faisaient l’objet d’une radiation de dette. Chez M-KOPA, les pertes sur créances attendues ont presque doublé en 2024, atteignant 63 millions de dollars. Cette tendance force les opérateurs à adopter une gestion du risque de plus en plus stricte, ce qui pourrait paradoxalement exclure les clients à revenus irréguliers, pourtant cibles initiales du modèle.

La gestion des impayés repose en grande partie sur la désactivation à distance des équipements. L’efficacité de ce mécanisme n’est pas à remettre en question mais force est de constater que ce dernier ne supprime ni le coût opérationnel du recouvrement, ni le risque de réputation dans les communautés. Un opérateur qui coupe trop systématiquement l’accès à l’électricité d’un foyer peut rapidement voir sa marque dégradée localement.

Enfin, la dépendance à des bailleurs et institutions de développement montre que le modèle demeure encore en phase de consolidation. Le véritable test de maturité du PAYG sera franchi lorsqu’il cessera de dépendre principalement de financements à taux réduits accordés par des institutions de développement pour commencer à attirer des capitaux commerciaux. Les opérations de titrisation menées par Sun King ou d.light montrent précisément ce basculement : les créances issues du modèle commencent à être refinancées comme des actifs financiers à part entière.

À retenir : le PAYG solaire a résolu un problème d’accès, mais pas encore pleinement le problème du coût. La « prime à la pauvreté » et la montée des impayés restent des défis structurels que seules une baisse du coût du capital et une amélioration du scoring permettront de résorber.

Dès lors, l’enjeu n’est plus seulement d’étendre le PAYG à de nouveaux équipements, mais d’en faire un crédit-bail durable pour des clients à revenus irréguliers. La question n’est donc plus seulement celle de l’extension du modèle, mais des conditions de sa soutenabilité. La première porte sur la lisibilité du contrat pour le client, la transparence tarifaire. Le client doit savoir dès le départ et de façon claire, ce qu’il paiera, sur quelle durée et à quel moment il deviendra propriétaire.

La deuxième concerne le calibrage des plans de paiement sur les flux de revenus réels des clients. Dans les zones rurales, les revenus sont souvent saisonniers, irréguliers, liés aux récoltes ou aux marchés hebdomadaires. Un plan de remboursement rigide, avec des échéances fixes mensuelles, n’est pas en adéquation avec cette réalité économique. Les opérateurs les plus performants proposent donc des options de pause ou de rééchelonnement plutôt qu’une coupure systématique au premier retard.

La troisième est l’exploitation des données pour améliorer le scoring. Chaque paiement, chaque utilisation de l’équipement, chaque interaction avec le mobile money génère de la donnée. Exploitées intelligemment, ces données permettent d’affiner l’évaluation du risque, de réduire les impayés et donc, à terme, de baisser le coût du financement pour le client.

Enfin, les partenariats structurés avec les opérateurs mobiles, les gouvernements et les bailleurs jouent un rôle déterminant. Les subventions ciblées (de type results-based financing, comme dans le programme CIZO au Togo) et les lignes de crédit en monnaie locale réduisent le risque de change et le coût global du capital, deux facteurs qui pèsent directement sur le prix payé par le client final.Le PAYG ne devient un modèle durable de financement d’actifs qu’à la condition de dépasser sa seule efficacité d’accès.

L’expérience du solaire PAYG dans l’énergie a démontré une chose essentielle : il est possible de déployer des modèles de crédit-bail à grande échelle auprès de clients sans historique bancaire formel à condition de réunir trois ingrédients : un actif connecté, un encaissement digital et récurrent des échéances et une gestion fine du risque d’usage. Ce socle technique et financier est désormais répliqué bien au-delà des kits solaires.

Pour les appareils qui ne sont pas des kits solaires (téléviseurs, smartphones, réfrigérateurs, motos), le principe de sécurisation reste le même mais emprunte d’autres voies. Les smartphones et téléviseurs sont équipés de logiciels de verrouillage à distance (device locking) qui désactivent l’appareil en cas de non-paiement. Les motos et tricycles embarquent des capteurs GPS et télémétriques qui permettent de les immobiliser à distance. Dans tous les cas, la logique demeure la même : l’actif lui-même sert de garantie, et la technologie remplace le collatéral formel. Cette architecture ouvre la voie à une extension rapide du PAYG vers d’autres secteurs.

L’irrigation et la transformation agricole figurent parmi les prolongements les plus prometteurs du modèle. Les pompes à eau solaires en offrent l’exemple le plus immédiat. Selon CLASP, 87 % des agriculteurs rwandais ayant acquis une pompe solaire ont vu leurs revenus augmenter, et 64 % ont pu embaucher de la main-d’oeuvre supplémentaire. Dans ce contexte, les modèles de paiement sont souvent adaptés aux cycles agricoles : le « Pay-As-You-Grow » permet de synchroniser les remboursements avec les périodes de récolte.

ÉquipementBénéfice pour l’utilisateurModèle de leasing
Pompes solairesIrrigation toute l’année, augmentation des rendementsLocation-vente sur 12 à 24 mois
Moulins solairesTransformation locale des grains, gain de tempsFee-for-service ou crédit-bail
Chambres froidesRéduction des pertes post-récolte (fruits, lait, poisson)Pay-per-use (à la caisse stockée)
Réfrigérateurs solairesConservation et vente de boissons et aliments fraisPAYG domestique ou commercial

La mobilité constitue un autre domaine où le modèle PAYG s’impose rapidement. Des entreprises comme Spiro et Ampersand ont développé des modèles combinant location de motos électriques et paiement de l’énergie via des réseaux d’échange de batteries (battery swapping). La démonstration de rentabilité est frappante : au Nigeria, un conducteur dépense environ 125 nairas pour parcourir 100 km en électrique, contre plus de 3 400 nairas en essence. Les coûts de maintenance chutent par ailleurs de 45 %, car les moteurs électriques comportent beaucoup moins de pièces d’usure. Ce surplus de revenu pour le conducteur sécurise le remboursement du crédit-bail de la moto, faisant de l’e-mobilité un actif « auto-remboursable ».

Là encore, la technologie joue un rôle central dans la gestion du risque. Chaque moto électrique est équipée de capteurs GPS et télémétriques. L’opérateur peut immobiliser le véhicule à distance en cas de vol ou de non-paiement. Ces données permettent également de proposer des services financiers plus fins, comme des assurances basées sur l’usage ou des prêts d’entretien prédictifs.

Le smartphone constitue un cas particulièrement révélateur de cette dynamique. Il n’est plus seulement un bien de communication : pour des millions d’utilisateurs en Afrique, il est devenu un outil de travail, d’accès au marché et de gestion financière. C’est ce déplacement fonctionnel qui explique l’intérêt croissant des fabricants, des opérateurs télécoms et des institutions financières pour les modèles de financement PAYG appliqués aux terminaux.

Cette convergence est déjà visible sur plusieurs marchés. Samsung, avec Samsung Finance+, Safaricom au Kenya avec Lipa Mdogo Mdogo, ou encore Orange avec Yabx et Cofina en Côte d’Ivoire, montrent que le PAYG n’est plus seulement porté par les pionniers de l’énergie hors réseau : il devient un canal de distribution et de financement pour l’équipement numérique lui-même.

Le modèle crée alors une convergence d’intérêts particulièrement forte : le fabricant écoule ses terminaux, l’opérateur télécom accroît l’usage de la donnée, l’institution financière acquiert de nouveaux clients, et le verrouillage logiciel limite le risque de défaut. Chaque acteur y trouve un intérêt économique direct, ce qui explique la rapidité avec laquelle ce segment se structure.

En 2025, les expéditions de smartphones en Afrique ont atteint 84,4 millions d’unités, portées par l’explosion des modèles de financement PAYG. M-KOPA Nigeria a débloqué plus de 231 milliards de nairas de crédit pour financer des smartphones, en soulignant que 77 % de ses clients utilisent leur téléphone pour générer des revenus. Ce chiffre est révélateur d’une réalité particulièrement intéressante,  le smartphone financé en PAYG au-delà du bien de consommation subventionné, est devenu un actif productif dont le rendement économique pour l’utilisateur contribue directement au remboursement du crédit.

L’extension du PAYG à la cuisson propre procède de la même logique. Dès lors qu’un usage peut être mesuré, contrôlé et payé de manière fragmentée, le modèle peut s’appliquer bien au-delà de l’électricité. Les programmes développés autour de kits GPL intelligents montrent que le paiement à l’usage peut aussi lever la barrière du coût initial dans un domaine où les enjeux sanitaires, économiques et environnementaux sont majeurs. En 2024-2025, la Banque africaine de développement a promis 2 milliards de dollars sur 10 ans pour les solutions de cuisson propre, signe que le sujet entre dans une phase de financement structuré.

Le PAYG solaire n’est pas seulement un modèle énergétique. C’est une infrastructure de crédit-bail inclusif, déjà en cours de transposition à l’irrigation, à la mobilité électrique, aux outils numériques et à la cuisson propre, et qui pourrait devenir le socle d’un système de financement d’équipements à l’échelle du continent.

Conclusion

Le solaire Pay-As-You-Go (PAYG) a démontré qu’il était possible de financer des actifs essentiels à grande échelle pour des populations que le système financier classique peine à servir et son architecture constitue désormais un socle réplicable bien au-delà du secteur énergétique.

Le modèle n’a toutefois pas encore atteint sa pleine maturité. La « prime à la pauvreté », la progression des impayés, la dépendance persistante au capital concessionnel et les tensions autour du recouvrement rappellent qu’aucune innovation financière ne peut se substituer aux fondamentaux économiques : un coût du capital soutenable, une tarification transparente et des produits réellement adaptés aux flux de revenus des clients.

Pour les institutions de microfinance, les fintechs et les opérateurs qui envisagent de déployer du crédit-bail PAYG sur de nouveaux actifs, la leçon est double : si le modèle fonctionne, sa durabilité dépend de la capacité à réduire le coût pour le client tout en maintenant la viabilité économique pour l’opérateur. C’est cet équilibre, encore fragile, qui déterminera si le PAYG reste une niche énergétique ou devient le standard du financement d’équipements en Afrique.

 13 – Forbes – World Leaders Pledge $2.2 Billion For Clean Cooking In Africa

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