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ArticlePublié le 23 février 2026

Leasing en Afrique francophone : un marché enfin prêt à décoller

Longtemps freiné par un cadre fragmenté, le leasing d’équipement entre dans une nouvelle phase dans l’UEMOA. Réformes réglementaires, essor des paiements numériques et montée en puissance des plateformes transforment un marché encore marginal en relais de croissance pour les PME et les secteurs productifs. Entre rattrapage et changement d’échelle, les conditions d’un décollage sont désormais réunies.

Au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), le financement d’équipement par leasing offre des perspectives de croissance encore largement inexploitées. Alors que le crédit au secteur privé représente 26 % du PIB régional [1], le leasing d’équipement demeure marginal, contrastant avec les marchés anglophones d’Afrique où ce mode de financement s’est établi comme un outil essentiel pour les PME et les agriculteurs. Cet écart reflète un potentiel de marché encore largement inexploité, alimenté par des décennies de fragmentation réglementaire et d’infrastructure financière insuffisante. Entre 2023 et 2025, trois changements structurels ont convergé pour transformer ce retard en opportunité.

L’harmonisation réglementaire crée un cadre unifié

Pendant des années, les sociétés de leasing en Afrique de l’Ouest francophone opéraient dans un environnement réglementaire fragmenté. Chacun des huit pays de l’UEMOA appliquait ses propres règles, obligeant les opérateurs à recommencer les procédures d’agrément pays par pays.

La nouvelle loi bancaire, adoptée en juin 2023 [2], a étendu le cadre de supervision aux institutions de paiement, aux institutions de monnaie électronique et aux sociétés de technologie financière. Cette clarification institutionnelle établit pour la première fois une identité juridique pour les plateformes de prêt numérique et les opérateurs de leasing.

En décembre 2024, le Règlement 06/2024/CM/UEMOA a précisé les procédures de change pour le financement transfrontalier d’équipements. Les sociétés de leasing peuvent désormais importer des tracteurs d’Europe ou des véhicules d’Asie avec des procédures transparentes et prévisibles. Ces réformes créent un environnement propice au développement du secteur en éliminant les obstacles opérationnels qui ont longtemps freiné l’expansion régionale.

L’infrastructure numérique transforme les modèles opérationnels

Entre 2020 et 2022, les transactions mobiles ont changé d’échelle dans l’UEMOA : 3,3 milliards d’opérations, pour une valeur de 10 200 milliards de francs CFA, soit plus du double en deux ans. Les paiements marchands concentrent à eux seuls près des deux tiers des montants échangés [3]. Cette dynamique se confirme au niveau de l’inclusion financière : dans l’UEMOA, le taux global d’utilisation des services financiers est passé de 53,6 % en 2016 à 72,3 % en 2023 [4].

Cette infrastructure permet désormais d’effectuer les procédures de connaissance client (KYC) à distance et en temps réel, avec vérification biométrique et pré-accord de crédit. Le système de paiement instantané de la BCEAO [5], lancé en 2025, permet quant à lui un règlement instantané dans toute la région. Ces capacités techniques modifient fondamentalement les coûts opérationnels du leasing, rendant viables des contrats de petite taille précédemment non rentables.

Les plateformes en mode service (SaaS) offrent désormais une gestion de leasing de bout en bout depuis un simple navigateur : instruction des demandes, évaluation du risque de crédit, gestion des contrats et encaissement des échéances. En croisant les données d’usage des équipements issues de capteurs connectés, en surveillant les historiques d’opérations de paiement mobile et en analysant les images satellites des terres agricoles, ces systèmes évaluent la solvabilité sans garantie traditionnelle.

Où se joue la prochaine vague de croissance

Le potentiel du leasing digital en Afrique francophone se concentre dans les secteurs où trois conditions sont réunies : un besoin d’équipement élevé, des revenus irréguliers et une capacité à sécuriser l’actif financé par la donnée.

L’équipement agricole fait partie des secteurs à fort potentiel. Le coût d’un tracteur par exemple reste hors de portée pour une grande partie des exploitants en UEMOA, ce qui renforce l’intérêt de solutions alternatives de financement. Un plan de location-vente à 15 000 FCFA par mois, soit environ 23 euros, devient accessible, particulièrement lorsque le tracteur lui-même sert de garantie grâce au suivi GPS. Au Burkina Faso comme dans plusieurs pays voisins – Mali, Niger, Sénégal –, le poids structurel de l’agriculture alimente un besoin durable de financement d’équipements. 

Le transport et l’énergie solaire constituent l’autre bloc de croissance. Les flottes de transport urbain, comme les gbakas à Abidjan, et l’équipement solaire pour PME, représentent des marchés substantiels. Le marché reste largement ouvert : en 2024, l’Afrique n’a représenté que 0,7 % des nouvelles capacités renouvelables mondiales (4,2 GW) [6], un niveau qui souligne le potentiel de montée en charge des solutions solaires pour les usages productifs des entreprises.

Une transformation en cours

La convergence de l’harmonisation réglementaire, de l’infrastructure numérique et des plateformes technologiques modifie fondamentalement l’économie du leasing dans l’UEMOA. Les récentes réformes ont fait tomber les barrières juridiques qui fragmentaient le marché régional. La croissance économique soutenue de la zone, alimentée notamment par la production d’hydrocarbures au Niger et au Sénégal [7], crée une demande croissante pour le financement d’équipement.

Les plateformes conformes aux exigences de la BCEAO, intégrées aux écosystèmes de paiement émergents, rendent financièrement viables les contrats de leasing de petite taille précédemment considérés comme difficilement finançables. Cette transformation technologique, combinée à l’harmonisation réglementaire, positionne l’UEMOA pour convertir son retard historique en avantage compétitif.

 

[1] West African Economic and Monetary Union (WAEMU), Financial Sector Assessment (FSA), June 2022

[2] Loi uniforme portant réglementation bancaire, juin 2023

[3] Union Economique et monétaire Ouest-africaine, Rapport N°24/90, Fonds monétaire international, avril 2024

[4] Rapport annuel sur la situation de l’Inclusion Financière dans l’UEMOA au titre de l’année 2023, BCEAO, avril 2025

[5] Lancement officiel de la Plateforme Interopérable du Système de Paiement Instantané (PISPI) de l’UEMOA, BCEAO, septembre 2025

[6] Statistiques de capacité renouvelable 2025, Irena, mars 2025

[7] West African Economic and Monetary Union, Report N° 25/110, International Monetary Fund, May 2025

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