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Scoring alternatif et inclusion financière dans la zone UEMOA

International

Publié le 25 août 2026

Crédit et leasing : pourquoi le scoring alternatif s’impose dans l’UEMOA

Développé aux États-Unis dans les années 1950, le scoring de crédit s’est imposé comme une méthode d’évaluation de l’emprunteur en fonction de son historique et de ses habitudes financières. Un outil qui conditionne donc l’accès au crédit ou au leasing du crédit dans de nombreuses régions. Si ce système est largement adopté dans les pays à très forte inclusion financière, il se heurte à des obstacles structurels dans les régions peu financiarisées. Depuis plusieurs années, un système de scoring alternatif, fondé sur l’empreinte numérique, se développe et vient contribuer à l’inclusion financière. Analyse des bénéfices du recours à cette alternative pour les acteurs du crédit et du leasing de l’UEMOA.

Dans une région où une grande partie des échanges financiers se déroule encore en dehors du système bancaire traditionnel, les méthodes classiques d’évaluation du risque et de scoring de crédit montrent rapidement leurs limites. En effet si, au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), le taux d’inclusion financière atteint 74 % en prenant en compte les services financiers digitaux tels que la « mobile money », il n’est que de 25 % en s’en tenant aux services financiers classiques stricto sensu [1]

Un accès difficile au crédit et au leasing

La majorité de population de la région ne possède ni compte bancaire carte de débit/crédit. Les femmes, les populations rurales et les jeunes sont particulièrement concernés, alors qu’ils sont les forces vives de l’économie. Plus problématique encore dans le cadre du scoring, de très nombreux utilisateurs ne peuvent justifier leurs revenus, leurs dépenses ou encore leur épargne via un historique bancaire. Or, un accès facilité au crédit ou au leasing est un levier puissant de développement économique, d’accès à la propriété et à la consommation. 

Du côté des entreprises, le problème est identique, voire exacerbé. Qu’il s’agisse de créer une activité, de la développer, de recruter ou encore de financer un projet, le recours au crédit ou au leasing, par exemple d’équipements, est aussi nécessaire que complexe. En effet, une grande partie de l’économie et des entreprises demeure informelle. Le Burkina Faso estime ainsi que sur les 390 000 entreprises présentes dans le pays, 98 % étaient des entreprises individuelles et 96,5 % ne tenaient pas de comptabilité formelle [2]. Au sein de l’UEMOA, la part de l’économie informelle est généralement estimée entre 50 % et 80 % [3]. Non enregistrées et sans bilan comptable dûment établi, ces entreprises ne peuvent obtenir un crédit ou un leasing par la voie classique. 

Les États membres de l’UEMOA et la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) sont parfaitement conscients de cet état de fait et tentent d’inverser la situation. Dans le cadre de son plan stratégique 2020-2030, l’institution a ainsi proposé un plan quinquennal destiné à accompagner la transition progressive vers une économie plus formelle. Outre les États et les institutions, d’autres acteurs contribuent à faire bouger les lignes en proposant des solutions alternatives de scoring.

Le scoring alternatif : utiliser des données non-financières

Le principe du scoring alternatif est identique à celui du scoring classique. La principale différence tient à la nature des données utilisées pour établir le profil de l’emprunteur. Le scoring alternatif se concentre ainsi sur des signaux « faibles », généralement des données digitales, qui permettent de pallier le manque d’historique bancaire formel.

L’historique des transactions de mobile money est au cœur du processus. Au sein de l’UEMOA, ces transactions digitales remplacent bien souvent comptes bancaires et cartes de paiement. Les achats de crédit téléphonique ainsi que de cartes prépayées, les historiques de paiement des services publics (électricité, eau…) ou encore les achats réalisés en ligne viennent compléter cette empreinte numérique. 

Les solutions de scoring alternatif utilisent aussi des données qui peuvent sembler hors sujet au premier abord, mais qui contribuent cependant à l’évaluation des capacités financières d’un emprunteur. Parmi elles, l’activité sur les réseaux sociaux afin d’évaluer l’insertion de l’emprunteur au sein de sa communauté, la géolocalisation, pour identifier les déplacements liés une activité, ou encore l’acquisition de panneaux solaires indiquant un besoin soutenu en électricité, et donc potentiellement une activité impliquant du digital. 

Certains scoring alternatifs intègrent enfin des tests psychologiques afin d’évaluer le profil de l’emprunteur, sa relation à l’argent et son appétence pour le risque. 

De plus en plus souvent appuyées sur de l’intelligence artificielle, ces solutions croisent ces différentes données pour établir un profil utilisé comme aide à la décision par les acteurs du crédit ou du leasing.

Améliorer l’offre de crédit et de leasing

Les bénéfices de ces solutions sont évidents : elles permettent à des populations éloignées du crédit d’obtenir un emprunt ou un leasing, dans de bonnes conditions, et bien plus rapidement. Le scoring alternatif s’impose alors comme un puissant accélérateur d’inclusivité financière. 

Pour les acteurs du crédit et du leasing, les solutions de scoring sont d’abord une voie unique pour élargir leur base de clients, en intégrant des populations qui ne peuvent fournir un historique de crédit solide mais qui ont démontré leur capacité à faire preuve de responsabilité et de stabilité financières. Le scoring alternatif ouvre ainsi la voie à des conditions de crédit ou de leasing correspondant mieux à la situation de l’emprunteur, augmentant de fait la satisfaction client et devenant un avantage concurrentiel stratégique. 

Au-delà de cet enjeu crucial au sein de l’UEMOA, ces solutions sont, pour les acteurs du crédit et du leasing, une brique supplémentaire dans leur gestion des risques. Le scoring automatise, en effet, l’établissement des profils de leurs clients, réduisant ainsi les erreurs, les biais voire les fraudes – ainsi que les temps d’examens des dossiers de crédit/leasing. Il permet aussi d’améliorer l’identification des comportements à risques (tels que les jeux d’argent) ainsi que suivre en temps réel la solvabilité d’un emprunteur en identifiant les signaux faibles indiquant une perte ou un ralentissement d’activité, et donc solvabilité dégradée. De quoi réduire significativement l’exposition au risque des portefeuilles de prêts ou de leasing. 

En intégrant des données plus comportementales, ces solutions de scoring sont aussi très utiles dans la détection de fraudes, en pointant des comportements ou des transactions inhabituelles. Le scoring alternatif, en remplacement ou en complément à des méthodes plus traditionnelles se révèle donc indispensable pour proposer des crédits ou du leasing à un plus large public ainsi que pour améliorer et personnaliser les évaluations de risques.

Lever les freins à la généralisation du scoring alternatif

Le déploiement de ces solutions doit cependant lever plusieurs freins pour se généraliser. La première question est celle de la fiabilité des données collectées et leur pertinence réelle dans l’établissement du profil d’un emprunteur. 

Outre leur fiabilité, la question de l’accès à ces données et de leur utilisation est un enjeu de taille. Que l’on parle de protection de la vie privée, de cybersécurité ou encore des enjeux éthiques liés au recours à ces informations, les acteurs du crédit et du leasing doivent communiquer de manière transparente sur l’utilisation, le stockage et les échanges de datas. Si le scoring alternatif permet de se dégager de certains biais identifiés dans les systèmes de notation traditionnels, le recours à l’IA pour croiser ces données et établir des profils d’emprunteurs peut en introduire de nouveaux.

Plus techniquement, le développement de ces solutions nécessite une approche fondée sur la collaboration et une architecture ouverte. Les acteurs du crédit ou de leasing doivent aller chercher des données au-delà de l’écosystème bancaire classique, en créant des partenariats, par exemple, avec des opérateurs télécoms, des réseaux sociaux, ou encore des opérateurs publics. Pour cela, l’architecture API joue un rôle central. Elle permet de connecter rapidement et de manière sécurisée différents systèmes afin de collecter, standardiser et analyser des données hétérogènes en temps réel.

Dans une région où une grande partie de l’activité économique échappe encore aux circuits bancaires traditionnels, le scoring alternatif apparaît comme un levier stratégique pour élargir durablement l’accès au crédit et au leasing. Il s’inscrit par ailleurs dans le mouvement de modernisation du secteur financier au sens large, avec l’accélération de la digitalisation, de l’open banking et des architectures plus ouvertes.

 

[1] Source : BCEAO, Tableau de bord de l’inclusion financière au sein de l’UEMOA

[2] Source : L’Économiste du Faso, « Activités économiques : près de 98% d’entreprises individuelles », mai 2026

[3] Source : Région et Développement, « Taille de l’économie informelle et croissance économique dans les pays de l’UEMOA », 2024

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