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Open APIs et Open Data dans le secteur financier en UEMOA

International

Publié le 25 août 2026

Open APIs et open data : un nouveau terrain de jeu pour les acteurs financiers en UEMOA

L’écosystème financier de l’UEMOA est entré dans une nouvelle phase de transformation. Après plusieurs années centrées sur la modernisation réglementaire et la conformité, le développement de l’open banking – et plus généralement de l’open data – dessine une architecture plus interconnectée et plus collaborative entre les banques, fintechs, opérateurs de paiement, institutions de microfinance… et les usagers. Passage en revue des possibilités de cette ouverture pour l’écosystème bancaire et financier de la région.

Historiquement, le secteur bancaire dans l’UEMOA (Union économique et Monétaire Ouest Africaine) est dominé par une poignée de banques bien établies. Ces acteurs ont eu tendance à privilégier un système bancaire fermé, limitant les échanges de données avec d’autres services financiers. 

Un contexte favorable 

Or, ces dernières années, ces acteurs historiques ont été confrontés à la concurrence d’un dynamique écosystème de fintechs. Ces nouveaux acteurs ont développé des solutions qui ont su rapidement trouver leur public, de la mobile money aux applications de crédit ou de cryptomonnaies. La fintech de mobile money Wave compterait ainsi autant d’utilisateurs que l’ensemble des banques de la région – et revendique plus de 23 millions d’utilisateurs actifs par mois. Cependant, et contrairement aux banques traditionnelles, les fintechs sont limitées, d’un côté, par le manque de ressources financières et, de l’autre, par l’absence d’agréments. De quoi inciter au rapprochement entre ces deux univers.

Socle technique commun

Ce rapprochement est encouragé par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) qui a lancé, en septembre 2025, la Plateforme interopérable des services de paiement instantané (PI-SPI). Cette plateforme permet les transferts instantanés et sans frais supplémentaires entre les différents acteurs financiers, banques traditionnelles, opérateurs de mobile money ou fintechs. 

D’un point de vue purement technique, la PI-SPI représente une étape majeure dans le développement de l’open banking au sein de l’UEMOA, en imposant des fondations techniques communes favorisant le recours aux APIs. En permettant aux différents systèmes d’échanger automatiquement des données et des services de manière sécurisée et standardisée, les APIs contribuent à la création d’un véritable écosystème autour des acteurs bancaires et financiers.

Renforcer l’inclusion financière

Dans une région en profonde mutation sous l’influence des nouveaux usages des services financiers, le développement de l’open data ouvre de nouvelles perspectives. À commencer par l’accélération de l’inclusion financière. L’UEMOA affiche en effet un taux moyen de détention de comptes bancaires classiques autour de 25 %. Ce chiffre monte cependant à 74 % en prenant en compte les services financiers digitaux (contre 47 % en 2016) [1]. Malgré la révolution entraînée par l’accès à ces nouveaux services, une importante partie de la société, dont les femmes, les jeunes générations, les populations rurales et de très nombreuses TPE, n’a toujours pas accès à des services financiers, même de base. Or le lien entre croissance économique et inclusion financière est bien documenté [2].

L’objectif de la BCEAO est très clair : atteindre 90 % d’inclusion au sein de la région financière d’ici à 2030 [3]. Le développement de l’open data joue un rôle central dans cette stratégie, en rapprochant les fintechs, qui mettent leur capacité d’innovation au service d’un très large public, et les banques plus traditionnelles. Une fintech proposant, par exemple, des microcrédits à destination des femmes entrepreneures peut proposer à ses utilisatrices l’ouverture facilitée d’un compte bancaire au sein d’une banque partenaire. Cette fluidité est aujourd’hui un élément clé dans la capacité de l’écosystème financier de l’UEMOA à conquérir de nouveaux publics et à contribuer à l’inclusion financière.

Élargir l’offre de services

L’autre grand atout de l’open data et de l’open banking fondés sur une architecture API est la possibilité offerte aux acteurs bancaires et financiers d’élargir leur offre de services afin de mieux répondre aux besoins des utilisateurs. Cette architecture permet en effet aux banques de s’appuyer sur un écosystème de partenaires et de solutions ouvertes pour développer des parcours clients sur mesure tout en réduisant les coûts d’intégration. 

De nombreux acteurs adoptent par ailleurs une logique « API native » afin de proposer des solutions flexibles, capables d’intégrer, avec un time-to-market réduit, de nouveaux services, dont des services à forte valeur ajoutée. Le développement des open APIs contribue à la création de plateformes qui jouent la carte de l’intégration et de la complémentarité – avec toujours pour ambition de faciliter les usages. 

L’approche « API native » permet ainsi d’ouvrir un compte bancaire à partir d’une application partenaire, de gérer ses microcrédits en automatisant les remboursements, de proposer des outils de gestion de trésorerie, d’intégrer une plateforme de crowdfunding à une application bancaire classique ou encore de fluidifier les transferts d’argent transfrontaliers. Ce dernier exemple est d’autant plus pertinent que l’argent de la diaspora joue un rôle important dans les économies de l’UEMOA [4], et que ces applications sont des soutiens importants aux transferts financiers. 

Accélérer la finance embarquée

L’architecture ouverte et le partage des données sont par ailleurs nécessaires pour accompagner le rapide développement de la finance embarquée, soit l’intégration de solutions financières – y compris de crédit – au sein de sites et d’applications tiers. Elles permettent par exemple aux sites d’e-commerce de proposer des solutions de paiement fractionné ou de crédit. Elles sont aussi au cœur des solutions ultra-personnalisées qui se développent particulièrement au sein de l’UEMOA. C’est le cas des plateformes à destination des producteurs agricoles qui réunissent du financement intelligent, des modules de formation et un accès aux marchés agricoles [5]. Une architecture complexe qui repose sur des APIs.

Encadré

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Avec le développement de l’open data, les solutions conçues autour des APIs prennent une importance stratégique. 

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Renforcer la sécurité et la protection des données

Corollaire à l’accélération de la digitalisation, les banques de l’UEMOA sont confrontées à des enjeux grandissants de cybersécurité. L’Afrique de l’Ouest est ainsi particulièrement touchée par les cyberattaques, et le secteur financier fait partie des cibles de choix [6]. Une des raisons à la prolifération de ces cybermenaces est le manque de cadre réglementaire fixant les obligations des entreprises en matière de protection des données. 

Face à l’ampleur de la menace, les États s’organisent. En mai 2026, 24 pays africains ont adopté une nouvelle feuille de route pour renforcer cette protection pour la période 20262030 [7]. Le développement des APIs est une autre voie. En intégrant des mécanismes de sécurité renforcés, en encadrant le partage d’identifiants ou encore en gérant les droits d’accès, les APIs se révèlent des outils pertinents pour limiter les risques d’intrusion. 

Certaines solutions permettent aussi d’automatiser, de standardiser et de fiabiliser les contrôles imposés aux établissements financiers, notamment autour du KYC, de la lutte contre le blanchiment (AML/CFT), de la fraude ou encore du reporting réglementaire. L’adoption de la PI-SPI et l’ouverture croissante des services financiers ont pour conséquence logique une augmentation des flux instantanés, des acteurs connectés – et donc un besoin croissant de contrôle en temps réel. 

Pour les acteurs bancaires et financiers de l’UEMOA, les open APIs s’imposent comme un accélérateur majeur d’innovation financière régionale. Elles sont un puissant levier pour répondre à l’accélération des besoins des particuliers comme des entreprises en termes de services financiers grâce à la construction d’écosystèmes connectés, capable de faire circuler non seulement les paiements, mais aussi les services, les données et l’innovation.

 

[1] Source : BCEAO, Tableau de bord de l’inclusion financière au sein de l’UEMOA

[2] Source : Inclusion Financière Digitale et Croissance Économique dans l’espace UEMOA: Rôle de la Qualité des Institutions, African Development Review

[3] Source : Adoption par le Conseil des Ministres de l’Union du nouveau document-cadre de politique et de stratégie régionale d’inclusion financière dans l’UEMOA pour la période 2025-2030, BCEOA

[4] Source : « La cybersécurité est l’un des grands défis des fintech qui s’adressent aux diasporas », La Tribune, octobre 2024

[5] Source : Ikena

[6] Source : « L’Afrique de l’Ouest, terrain de jeu des cybercriminels », Le Monde, février 2026

[7] Source : « Sécurité numérique : les régulateurs africains adoptent une feuille de route 2026-2030 », Agence Ecofin

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